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Seconde2012-13 / Portrait Chabert

Le portrait de Chabert, Le colonel Chabert de BALZAC

Sommaire (cacher)

  1. 1. Le texte
  2. 2. Les repérages
  3. 3. Le tableau d'analyse
  4. 4. Les problématiques

1.  Le texte

Le jeune avoué demeura pendant un moment stupéfait en entrevoyant dans le clair-obscur le singulier client qui l'attendait. Le colonel Chabert était aussi parfaitement immobile que peut l'être une figure en cire de ce cabinet de Curtius où Godeschal avait voulu mener ses camarades. Cette immobilité n'aurait peut-être pas été un sujet d'étonnement, si elle n'eut complété le spectacle surnaturel que présentait l'ensemble]e du personnage. Le vieux soldat était sec et maigre. Son front, volontairement caché sous les cheveux de sa perruque lisse, lui donnait quelque chose de mystérieux. Ses yeux paraissaient couverts d'une taie transparente : vous eussiez dit de la nacre sale dont les reflets bleuâtres chatoyaient à la lueur des bougies. Le visage pale, livide, et en lame de couteau, s'il est permis d'emprunter cette expression vulgaire, semblait mort. Le cou était serré par une mauvaise cravate de soie noire. L'ombre cachait si bien le corps à partir de la ligne brune que décrivait ce haillon, qu'un homme d'imagination aurait pu prendre cette vieille tête pour quelque silhouette due au hasard, ou pour un portrait de Rembrandt, sans cadre.

Les bords du chapeau qui couvrait le front du vieillard projetaient un sillon noir sur le haut du visage. Cet effet bizarre, quoique naturel, faisait ressortir, par la brusquerie du contraste, les rides blanches, les sinuosités froides, le sentiment décoloré de cette physionomie cadavéreuse. Enfin l'absence de tout mouvement dans le corps, de toute chaleur dans le regard, s'accordait avec une certaine expression de démence triste, avec les dégradants symptômes par lesquels se caractérise l'idiotisme, pour faire de cette figure je ne sais quoi de funeste qu'aucune parole humaine ne pourrait exprimer. Mais un observateur, et surtout un avoué, aurait trouvé de plus en cet homme foudroyé les signes d'une douleur profonde, les indices d'une misère qui avait dégradé ce visage, comme les gouttes d'eau tombées du ciel sur un beau marbre l'ont à la longue défiguré. Un médecin, un auteur, un magistrat eussent pressenti tout un drame à l'aspect de cette sublime horreur dont le moindre mérite était de ressembler à ces fantaisies que les peintres s'amusent à dessiner au bas de leurs pierres lithographiques en causant avec leurs amis.

En voyant l'avoué, l'inconnu tressaillit par un mouvement convulsif semblable à celui qui échappe aux poètes quand un bruit inattendu vient les détourner d'une féconde rêverie, au milieu du silence et de la nuit. Le vieillard se découvrit promptement et se leva pour saluer le jeune homme ; le cuir qui garnissait l'intérieur de son chapeau étant sans doute fort gras, sa perruque y resta collée sans qu'il s'en aperçût, et laissa voir à nu son crâne horriblement mutilé par une cicatrice transversale qui prenait à l'occiput et venait mourir à l'oeil droit, en formant partout une grosse couture saillante. L'enlèvement soudain de cette perruque sale, que le pauvre homme portait pour cacher sa blessure, ne donna nulle envie de rire aux deux gens de loi, tant ce crâne fendu était épouvantable à voir. La première pensée que suggérait l'aspect de cette blessure était celle-ci : « Par là s'est enfuie l'intelligence ! »

2.  Les repérages

Le portrait de Chabert, Le colonel Chabert de BALZAC


Le jeune avoué demeura pendant un moment stupéfait en entrevoyant dans le clair-obscur (oxymore) le singulier client qui l'attendait. Le colonel Chabert était aussi parfaitement immobile (comparatif) que peut l'être une figure en cire de ce cabinet de Curtius où Godeschal avait voulu mener ses camarades. Cette immobilité n'aurait peut-être pas été un sujet d'étonnement, si elle n'eut complété le spectacle surnaturel (hyperbole) que présentait l'ensemble du personnage. Le vieux soldat était sec et maigre. Son front, volontairement caché sous les cheveux de sa perruque lisse, lui donnait quelque chose de mystérieux. Ses yeux paraissaient couverts d'une taie1 transparente (comparaison) : vous eussiez dit de la nacre2 sale dont les reflets bleuâtres chatoyaient à la lueur des bougies. Le visage pale, livide, et en lame de couteau (gradation ascendante), s'il est permis d'emprunter cette expression vulgaire, semblait mort. Le cou était serré par une mauvaise cravate de soie noire. L'ombre cachait si bien le corps à partir de la ligne brune que décrivait ce haillon3, qu'un homme d'imagination aurait pu prendre cette vieille tête pour quelque silhouette due au hasard, ou pour un portrait de Rembrandt, sans cadre.(comparaison)


Les bords du chapeau qui couvrait le front du vieillard projetaient un sillon noir sur le haut du visage. Cet effet bizarre, quoique naturel, faisait ressortir, par la brusquerie du contraste, les rides blanches, les sinuosités froides, le sentiment décoloré (gradation) de cette physionomie cadavéreuse. Enfin l'absence de tout mouvement dans le corps, de toute chaleur dans le regard, s'accordait avec une certaine expression de démence triste, avec les dégradants symptômes par lesquels se caractérise l'idiotisme4, pour faire de cette figure je ne sais quoi de funeste qu'aucune parole humaine ne pourrait exprimer. Mais un observateur, et surtout un avoué, aurait trouvé de plus en cet homme foudroyé les signes d'une douleur profonde, les indices d'une misère qui avait dégradé ce visage, comme les gouttes d'eau tombées du ciel sur un beau marbre l'ont à la longue défiguré. Un médecin, un auteur, un magistrat (énumération) eussent pressenti tout un drame à l'aspect de cette sublime horreur (oxymore) dont le moindre mérite était de ressembler à ces fantaisies que les peintres s'amusent à dessiner au bas de leurs pierres lithographiques5 en causant avec leurs amis.


En voyant l'avoué, l'inconnu tressaillit par un mouvement convulsif semblable à celui qui échappe aux poètes (comparaison) quand un bruit inattendu vient les détourner d'une féconde rêverie, au milieu du silence et de la nuit. Le vieillard se découvrit promptement et se leva pour saluer le jeune homme ; le cuir qui garnissait l'intérieur de son chapeau étant sans doute fort gras, sa perruque y resta collée sans qu'il s'en aperçût, et laissa voir à nu son crâne horriblement mutilé par une cicatrice transversale qui prenait à l'occiput6 et venait mourir à l'oeil droit (personnification), en formant partout une grosse couture saillante. L'enlèvement soudain de cette perruque sale, que le pauvre homme portait pour cacher sa blessure, ne donna nulle envie de rire aux deux gens de loi, tant ce crâne fendu était épouvantable à voir. La première pensée que suggérait l'aspect de cette blessure était celle-ci : « Par là s'est enfuie l'intelligence ! »




Champ lexical de la mort

références artistiques

Connotations péjoratives

Champ lexical de la souffrance

Champ lexical de l'inhabituel

Blessure

Misère

immobilité

couleurs (principalment froides)

Périphrases /Colonel


Les verbes sont conjugués a l'imparfait, la description domine.

Les phrases sont longues, avec des propositions juxtaposées.


1 Enveloppe de tissu destinée à recouvrir un oreiller, un traversin, un édredon

2 Matière calcaire utilisée en bijouterie, en tabletterie et en marqueterie

3 Vieil habit usé; vêtement misérable, déchiré, sale.

4 Un idiotisme1 est une construction ou une locution particulière à une langue, qui porte un sens par son tout et non par chacun des mots qui la compose.

5 Pierre calcaire imprimée sur papier à l'aide d'une presse, un écrit, un dessin, tracé à l'encre grasse, au crayon gras.

6 Partie postérieure et inférieure de la tête faisant suite à la nuque.

3.  Le tableau d'analyse

1
Repérages

2
Outil d'analyse

3
Interprétations (et alors ? effets produits ?)

4
Mots clés

Le colonel Chabert était aussi parfaitement immobile que peut l'être une figure en cire

Comparaison

Appelle à l'imagination, permet l'explication et suscite un sens nouveau. Rend le colonel Chabert inhumain


sec et maigre , Le visage pale, livide et en lame de couteau , vieille tête , les rides blanches, les sinuosités froides, le sentiment décoloré de cette physionomie cadavéreuse , crâne horriblement mutilé , une grosse couture saillante , perruque sale , crâne fendu était épouvantable à voir

Champs lexicaux de la laideur, de la mort, des blessures

Les champs lexicaux montrent à quel point le colonel est détruit, à qu'elle point il est laid. Il est décrit comme un visage repoussant et comme un homme qui pourrait faire peur.


Clair-Obscur

Oxymore

Produit un effet de surprise et de mise en valeur et fait surgir une réalité inattendue.


Cet effet bizarre, quoique naturel, faisait ressortir, par la brusquerie du contraste, les rides blanches, les sinuosités froides, le sentiment décoloré de cette physionomie cadavéreuse.

Gradation

Produit un effet de foisonnement ou de variations d'intensité.


Sublime horreur

Oxymore

Produit un effet de surprise et de mise en valeur et fait surgir une réalité inattendue.Opposition entre la sublimation et l'horreur, donc ambiguïté du portrait de Chabert.


Mystérieux, expression vulgaire,semblait mort,nacre sale,démense triste, dégradant, idiotisme,


Expressions péjoratives



« stupéfait » ligne 1, « étonnement » ligne 5, « mystérieux » ligne 7, « expression vulgaire » ligne 10, «  triste » ligne 19, « idiotisme » ligne 20, « mouvement convulsif » ligne 29, « féconde rêverie » lignes 30-31.

Champs lexicaux



« immobile » ligne3, « le vieux soldat » ligne6, « sec et maigre » ligne6, « son front volontairement caché » ligne6, « perruque lisse » ligne7, « ses yeux couverts d'une taie transparente » ligne8, « visage pâle, livide » ligne9, « mort » ligne10, « cou serré par une mauvaise cravate de soie noire» ligne11, « l'ombre cachait si bien le corps » ligne11, « ligne brune décrivait ce haillon » ligne 12, « vieille tête » ligne13, « naturel » ligne16, « rides blanches » ligne17, « sinuosités froides » ligne17, « horriblement mutilé » ligne34, « cicatrice transversale » ligne34, « perruque sale » ligne36.

Champs lexicaux





4.  Les problématiques

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